Majorité simple, absolue, qualifiée : définitions, calcul, applications.
La majorité désigne la fraction de votants à laquelle un scrutin reconnaît le pouvoir de décider. Le droit français distingue trois grandes catégories — simple, absolue, qualifiée — auxquelles s'ajoutent l'unanimité et plusieurs seuils renforcés (deux tiers, trois cinquièmes, trois quarts). Cette page de glossaire expose la définition juridique de chacune, la formule de calcul, les contextes d'application (élections politiques, CSE, AG de société, d'association, de copropriété, conseil d'administration, conseil de l'Union européenne), le traitement des abstentions et des bulletins blancs, et les motifs récurrents de contestation.
Trois majorités structurent la décision collective française.
La majorité est le seuil au-delà duquel un ensemble de votants se voit reconnaître le pouvoir d'imposer une décision à l'ensemble du corps délibérant. Le droit français ne connaît pas une majorité unique mais une famille de seuils dont l'application dépend du contexte juridique et de la nature de la décision soumise au vote. Trois grandes catégories s'imposent comme références. La majorité simple, parfois appelée majorité relative, désigne le plus grand nombre de voix obtenues, sans qu'aucun seuil minimal n'oppose à l'option arrivée en tête : il suffit d'obtenir une voix de plus que ses concurrents. La majorité absolue exige strictement plus de la moitié des suffrages exprimés ; elle constitue le seuil de référence pour la plupart des décisions importantes prises en assemblée. La majorité qualifiée impose un seuil renforcé — généralement les deux tiers, les trois cinquièmes ou les trois quarts des suffrages exprimés — réservé aux décisions structurantes : modification des statuts d'une société, révision constitutionnelle, travaux portant atteinte à la destination d'un immeuble en copropriété. Ces trois majorités se distinguent par leur seuil mais aussi par leur base de calcul : tantôt rapportée aux suffrages exprimés, tantôt aux votants présents et représentés, tantôt à l'effectif total du corps délibérant. Le choix de la base n'est pas indifférent — il modifie sensiblement le seuil réel à franchir. À ces trois catégories s'ajoutent l'unanimité, qui exige l'accord de l'intégralité des votants, et plusieurs passerelles techniques comme l'article 25-1 de la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété, qui permet à une décision n'ayant pas atteint la majorité absolue de basculer en majorité simple lorsque le tiers au moins des copropriétaires ont voté favorablement. Cette page de glossaire détaille chacun de ces régimes, leurs formules, leurs applications contextuelles et les pièges juridiques classiques. Pour le détail applicatif aux assemblées générales de copropriété, voir la page dédiée « règles de majorité et résolutions ».
Sept niveaux de majorité, leur formule, leur usage.
Le droit français reconnaît une famille étendue de seuils, qui se déclinent selon le contexte et la nature de la décision. Le tableau ci-dessous regroupe les sept principales formules rencontrées en pratique.
Quel seuil exige chaque grand contexte juridique.
Cinq contextes où la majorité obéit à des règles propres.
La majorité n'a pas le même sens selon le texte qui la gouverne. Cinq grands régimes structurent la pratique française de la décision collective.
Majorité absolue exigée au premier tour de l'élection présidentielle et des législatives sous condition de seuil d'inscrits. À défaut, majorité relative au second tour. Régime fixé par les articles 7 de la Constitution et L126 du Code électoral.
Pas d'exigence de majorité absolue par liste. Attribution des sièges au quotient électoral et à la plus forte moyenne, après franchissement du quorum de 50 % des inscrits au premier tour. Articles L2314-29 et R2314-22 du Code du travail.
Distinction stricte entre AGO et AGE. AGO : majorité absolue des voix exprimées (article L225-98 du Code de commerce pour la SA). AGE : majorité qualifiée des deux tiers (article L225-96 du Code de commerce). Régime statutaire en SAS.
Trois régimes coexistent : article 24 (majorité simple, décisions courantes), article 25 (majorité absolue, décisions importantes avec passerelle 25-1 vers l'article 24), article 26 (double majorité qualifiée pour les décisions structurantes).
Régime statutaire prédominant. La loi du 1er juillet 1901 n'impose pas de seuil ; les statuts fixent librement les majorités applicables. Les modifications statutaires exigent généralement une majorité qualifiée des deux tiers ou des trois quarts.
Cinq étapes pour appliquer correctement un seuil de majorité.
Le calcul d'une majorité repose moins sur l'arithmétique que sur la rigueur du paramétrage initial. Une erreur sur la base de calcul ou sur le traitement des abstentions expose le scrutin à l'annulation.
Dix points de contrôle pour un calcul de majorité opposable.
La liste de contrôle que nos équipes parcourent avec chaque organisateur avant de soumettre une résolution au vote. Sephos couvre la plupart des points automatiquement ; cette liste vous permet de valider les éléments qui restent de votre côté.
- Texte applicable identifié et article cité au procès-verbal
- Seuil de majorité explicité dans la convocation (simple, absolue, qualifiée)
- Base de calcul précisée (SE, présents et représentés, effectif total)
- Traitement des bulletins blancs documenté avant ouverture du scrutin
- Traitement des abstentions documenté avant ouverture du scrutin
- Quorum requis vérifié avant l'ouverture des opérations de vote
- Passerelle article 25-1 anticipée pour les copropriétés concernées
- Calcul du seuil contrôlé par double comptage indépendant
- Procès-verbal mentionnant explicitement le seuil atteint ou non atteint
- Délai de recours rappelé dans la notification du procès-verbal
Les textes qui fondent chaque régime de majorité.
Aucun texte unique ne définit la majorité en droit français. Six grands corpus se partagent la matière selon le type d'organisation et la nature de la décision.
Détermine les conditions essentielles à la validité des conventions, dont le consentement. L'article 1836 du Code civil fixe par ailleurs le principe de l'unanimité pour les décisions augmentant les engagements des associés d'une société.
Fixe la majorité qualifiée des deux tiers des voix exprimées par les actionnaires présents ou représentés en assemblée générale extraordinaire de société anonyme. L'article L225-98 fixe la majorité absolue pour les AGO.
Architecture complète des majorités en copropriété : article 24 (majorité simple des présents), article 25 (majorité absolue de tous les copropriétaires), article 25-1 (passerelle vers l'article 24), article 26 (double majorité qualifiée).
Fixent les règles d'attribution des sièges aux élections du CSE : quotient électoral et plus forte moyenne, quorum de 50 % des inscrits au premier tour. Pas d'exigence de majorité absolue par liste.
La loi de 1901 n'impose aucun seuil de majorité. Les statuts fixent librement les majorités applicables à chaque type de décision. Les modifications statutaires exigent généralement une majorité qualifiée des deux tiers ou des trois quarts.
Article 7 de la Constitution pour l'élection présidentielle (majorité absolue au premier tour). Article 89 pour la révision constitutionnelle (trois cinquièmes en Congrès). Article L126 du Code électoral pour les législatives.
Six difficultés que rencontrent les organisateurs.
Le calcul des majorités est l'une des sources principales de contentieux des décisions collectives. Les difficultés se concentrent sur un petit nombre de points sensibles.
« Majorité absolue » est régulièrement employé comme synonyme de « majorité qualifiée ». La première exige strictement plus de la moitié des suffrages exprimés ; la seconde un seuil renforcé (2/3, 3/5, 3/4). La confusion entraîne des résolutions adoptées à tort ou rejetées à tort.
L'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 exige la majorité des voix de tous les copropriétaires, pas seulement des présents. Calculer sur les seuls présents est une erreur classique qui invalide la résolution.
L'abstention doit-elle être comptée comme un vote défavorable, comme un vote neutre, comme un non-vote ? La réponse dépend du texte applicable. Une mauvaise interprétation fausse le seuil et ouvre la voie à un recours.
Les bulletins blancs sont comptabilisés séparément depuis la loi du 21 février 2014 pour les élections politiques, mais n'entrent pas dans les suffrages exprimés. Pour le CSE et les AG, le traitement varie selon les statuts et la jurisprudence.
L'article 25-1 de la loi du 10 juillet 1965 permet à une résolution n'ayant pas atteint la majorité absolue de basculer en majorité simple si elle recueille au moins un tiers des voix favorables. La mécanique est souvent ignorée ou mal exécutée.
Une erreur de calcul du seuil, découverte après proclamation, expose la résolution à une action en nullité dans les délais légaux applicables. Sans audit trail, l'organisation se trouve démunie pour rétablir les faits.
Cinq motifs d'annulation que Sephos neutralise par construction.
La jurisprudence sur les seuils de majorité converge vers un nombre limité de motifs d'annulation. Les anticiper permet de les éliminer par un paramétrage rigoureux.
L'application d'un seuil de majorité simple à une décision exigeant la majorité absolue, ou inversement, est un motif d'annulation. Sephos pré-câble le seuil exigé par le texte et bloque la proclamation tant que le seuil n'est pas atteint.
Calculer la majorité de l'article 25 sur les seuls présents (au lieu de tous les copropriétaires) vicie la résolution. Sephos applique la base prévue par le texte applicable et affiche le calcul détaillé.
Compter l'abstention comme un vote défavorable alors que le texte applicable l'exclut des suffrages exprimés fausse le seuil. Sephos applique la convention juridique applicable à chaque scrutin paramétré.
Une résolution recueillant au moins un tiers des voix favorables doit basculer en majorité simple selon l'article 25-1 de la loi de 1965. Le non-déclenchement de la passerelle expose la décision à une action en nullité. Sephos bascule automatiquement.
Un PV sans mention explicite du seuil exigé, du résultat du décompte et de la conclusion sur l'atteinte ou non du seuil expose la résolution à la contestation. Sephos génère un PV exhaustif automatiquement avec ces mentions obligatoires.
Trois objections fréquentes, trois réponses documentées.
« La majorité absolue, c'est 50 % plus une voix. »
L'expression est usuelle mais imprécise. La majorité absolue exige strictement plus de la moitié des suffrages exprimés. Pour un nombre pair de SE, le seuil est en effet SE/2 + 1. Pour un nombre impair, le seuil est la partie entière supérieure de SE/2 — qui peut être inférieure à (SE+1)/2 selon la parité. Sephos applique strictement la formule « voix favorables > SE/2 », qui couvre les deux cas sans ambiguïté.
Voir le calculateur de majorité Sephos« La majorité qualifiée, c'est forcément les deux tiers. »
Non. La majorité qualifiée désigne tout seuil renforcé au-delà de la majorité absolue, mais sa valeur précise dépend du texte applicable. L'AGE de société anonyme exige les deux tiers (article L225-96 du Code de commerce). La révision constitutionnelle exige les trois cinquièmes en Congrès (article 89 de la Constitution). La double majorité de l'article 26 de la loi de 1965 exige la majorité des copropriétaires représentant les deux tiers des voix.
Lire les règles de majorité copropriété« Le bulletin blanc est neutre dans le calcul. »
Cela dépend du contexte. Pour les élections politiques françaises, le bulletin blanc est comptabilisé séparément depuis la loi du 21 février 2014, mais n'entre pas dans les suffrages exprimés servant au calcul du résultat. Pour les élections du CSE, bulletin blanc et bulletin nul comptent tous deux dans le quorum d'expression mais aucun ne compte dans les suffrages exprimés. Pour les AG, les statuts fixent généralement la règle.
Copropriété de 84 lots, vote travaux article 25 avec passerelle 25-1.
Le syndic a apprécié la transparence de la mécanique : chaque calcul est affiché, l'application de l'article 25-1 est tracée pas à pas dans le procès-verbal, et la notification aux copropriétaires (article 18 du décret du 17 mars 1967) détaille les bases de calcul utilisées. Aucune action en nullité n'a été introduite dans le délai de deux mois de l'article 42. La copropriété conserve le PV signé eIDAS qualifié pour dix ans, accessible en cas de revente ou de contrôle.
Six atouts du vote électronique pour le calcul des majorités.
Le calcul d'une majorité expose à un risque opérationnel élevé : base de calcul mal retenue, passerelle ignorée, erreur d'arrondi, PV incomplet. Le vote électronique bien conçu neutralise ces fragilités par construction.
Sephos détermine automatiquement le seuil exigé par le texte applicable, à partir du type de résolution paramétré au scrutin. Aucune saisie manuelle, aucune marge d'interprétation.
Lorsque le seuil exigé n'est pas atteint à la clôture, la plateforme l'indique explicitement et bloque la proclamation. L'organisateur ne peut pas proclamer par erreur une résolution rejetée.
La passerelle de l'article 25-1 de la loi du 10 juillet 1965 est déclenchée automatiquement lorsque ses conditions sont remplies. Le bureau de vote n'a pas à effectuer le calcul manuellement.
Chaque étape du calcul est tracée : base retenue, voix par option, application du seuil, conclusion sur l'atteinte. Le procès-verbal détaille la mécanique sans ambiguïté.
Un recompte sollicité dans le délai légal se ré-exécute en quelques secondes à partir des bulletins chiffrés archivés. Le résultat est reproduit à l'identique avec preuve cryptographique.
Le procès-verbal signé eIDAS qualifié est conservé dix ans par défaut. La preuve de la régularité du calcul reste disponible bien au-delà du délai de recours, en cas de procédure ultérieure.
Cinq garanties pour des calculs de majorité opposables.
Le calcul d'une majorité n'est sérieux que s'il s'appuie sur une chaîne de preuves vérifiable indépendamment. Sephos applique cinq garanties qui se vérifient sans accorder de confiance a priori à la plateforme.
Définitions juridiques, contextes, calculs et cas particuliers.
Définitions juridiques des trois grandes majorités
Le droit français reconnaît trois grandes catégories de majorités, auxquelles s'ajoutent l'unanimité et plusieurs régimes intermédiaires propres à des textes particuliers. La majorité simple, parfois appelée majorité relative, désigne le plus grand nombre de voix obtenues par une option ou un candidat, sans qu'aucun seuil minimal n'oppose à l'option arrivée en tête. Il suffit d'obtenir une voix de plus que les autres options pour l'emporter. La majorité absolue exige strictement plus de la moitié des suffrages exprimés ; elle constitue le seuil de référence pour la plupart des décisions importantes prises en assemblée délibérante. La majorité qualifiée impose un seuil renforcé au-delà de la majorité absolue : généralement les deux tiers, les trois cinquièmes ou les trois quarts des suffrages exprimés, parfois assortis d'une condition supplémentaire de représentativité (double majorité). Ces seuils sont réservés aux décisions structurantes — modification des statuts, révision constitutionnelle, aliénation de parties communes, modifications affectant la destination d'un bien — pour lesquelles le législateur ou les statuts ont voulu imposer un consensus large. La distinction entre ces trois catégories n'est pas seulement de degré ; elle traduit une hiérarchie politique des décisions : plus la décision est lourde de conséquences, plus le seuil est élevé.
La majorité simple — usage et exemples
La majorité simple s'applique typiquement aux décisions courantes d'administration et d'entretien, lorsque le texte applicable n'exige pas un seuil renforcé. En copropriété, l'article 24 de la loi du 10 juillet 1965 prévoit la majorité simple des voix exprimées par les copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance pour les décisions courantes — approbation des comptes, choix d'un prestataire d'entretien, autorisation d'un copropriétaire à exécuter à ses frais des travaux affectant les parties communes lorsque le règlement de copropriété ne s'y oppose pas. En matière électorale, les législatives françaises au second tour obéissent à la majorité simple : le candidat arrivé en tête est élu, quel que soit le pourcentage obtenu. Au Royaume-Uni, l'intégralité des élections à la Chambre des communes fonctionne au scrutin majoritaire uninominal à un seul tour, dit first past the post — système fondé exclusivement sur la majorité simple. La majorité simple présente l'avantage de la rapidité décisionnelle mais l'inconvénient d'une faible représentativité : une résolution peut être adoptée avec très peu de voix favorables si les votes se dispersent. Elle est donc réservée aux décisions qui n'engagent pas durablement la collectivité.
La majorité absolue — formule et exemples
La majorité absolue exige strictement plus de la moitié des suffrages exprimés. La formule s'écrit : voix favorables > SE / 2. Pour un nombre pair de SE, le seuil à atteindre est SE/2 + 1 ; pour un nombre impair, le seuil est la partie entière supérieure de SE/2. Cette précision arithmétique est importante : la formulation courante « 50 % plus une voix » est imprécise et peut induire en erreur pour les nombres impairs. La majorité absolue est le seuil de référence pour l'élection présidentielle française : l'article 7 de la Constitution dispose que le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés, au premier ou au second tour. Elle s'applique aussi aux assemblées générales ordinaires des sociétés anonymes (article L225-98 du Code de commerce) : approbation des comptes, affectation du résultat, nomination des administrateurs. En copropriété, l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 prévoit la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires pour les décisions importantes — élection du syndic, travaux d'amélioration, mandat du conseil syndical. La particularité de l'article 25 réside dans la base de calcul : ce ne sont pas les voix exprimées mais les voix de tous les copropriétaires (présents, représentés ou absents) qui servent de base. Un copropriétaire qui ne vote pas compte donc comme un vote défavorable. Cette particularité est compensée par la passerelle de l'article 25-1, qui permet à une résolution ayant recueilli au moins un tiers des voix favorables de basculer en majorité simple de l'article 24.
La majorité qualifiée des deux tiers — Sénat américain, AGE de société
La majorité qualifiée des deux tiers est le seuil renforcé le plus fréquent en droit des sociétés et en droit international. En France, l'article L225-96 du Code de commerce dispose que l'assemblée générale extraordinaire de société anonyme statue à la majorité des deux tiers des voix exprimées par les actionnaires présents ou représentés. Sont concernées les décisions modifiant les statuts : modification de l'objet social, augmentation ou réduction de capital, fusion, scission, dissolution. Le seuil des deux tiers traduit l'idée qu'une modification statutaire engage durablement l'entreprise et ne peut être adoptée qu'avec un consensus large des actionnaires. Aux États-Unis, le Sénat américain statue à la majorité des deux tiers pour la ratification des traités internationaux (article II de la Constitution fédérale) et pour la destitution d'un président mis en accusation par la Chambre des représentants (procédure d'impeachment). Le seuil des deux tiers est également retenu par de nombreuses associations et fédérations françaises pour les modifications statutaires, lorsque les statuts en disposent ainsi.
La majorité qualifiée des trois cinquièmes — Congrès français
La majorité qualifiée des trois cinquièmes est moins fréquente que celle des deux tiers, mais elle joue un rôle central en droit constitutionnel français. L'article 89 de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose que les projets ou propositions de révision constitutionnelle doivent être adoptés à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés lorsqu'ils sont soumis au Congrès du Parlement (Assemblée nationale et Sénat réunis en Congrès à Versailles). La voie alternative est le référendum, qui se règle à la majorité absolue. Le seuil des trois cinquièmes traduit l'exigence d'un consensus transpartisan pour modifier la loi fondamentale, sans pour autant exiger l'unanimité qui rendrait toute révision quasi-impossible. La même majorité des trois cinquièmes est employée par certaines fédérations internationales pour des décisions stratégiques intermédiaires entre les deux tiers et la majorité absolue.
La majorité qualifiée des trois quarts — décisions exceptionnelles en copropriété
La majorité qualifiée des trois quarts est historiquement attachée aux décisions les plus lourdes des assemblées générales de copropriété, avant la réforme ELAN du 23 novembre 2018 qui en a réduit le périmètre. Elle reste applicable à certaines modifications du règlement de copropriété portant atteinte à la destination de l'immeuble, lorsqu'elles n'exigent pas l'unanimité. La majorité des trois quarts se rencontre également dans les statuts de nombreuses associations loi 1901 et de syndicats professionnels pour les modifications statutaires les plus lourdes — dissolution, fusion, modification de l'objet social. Le seuil traduit l'idée qu'une décision aussi structurante doit recueillir un quasi-consensus, sans pour autant exiger l'accord unanime qui resterait juridiquement et pratiquement inaccessible.
Loi du 10 juillet 1965 — l'architecture complète des majorités en copropriété
La loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis organise un système sophistiqué de quatre régimes de majorité, qui se complètent et s'enchaînent. L'article 24 prévoit la majorité simple des voix exprimées par les copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance pour les décisions courantes d'administration et d'entretien. L'article 25 prévoit la majorité absolue des voix de tous les copropriétaires (et non des seuls présents) pour les décisions importantes : élection du syndic, travaux d'amélioration, mandat du conseil syndical, autorisation de travaux individuels affectant les parties communes. L'article 25-1, introduit par la loi ENL du 13 juillet 2006 et modifié à plusieurs reprises, instaure une passerelle : lorsqu'une résolution de l'article 25 n'atteint pas la majorité absolue mais recueille au moins un tiers des voix favorables, elle peut être soumise immédiatement à un second vote à la majorité de l'article 24 sans nouvelle convocation. L'article 26 prévoit la double majorité qualifiée — majorité des copropriétaires représentant au moins les deux tiers des voix — pour les décisions structurantes : aliénation des parties communes, modifications structurelles lourdes du règlement de copropriété. L'unanimité reste exigée pour les décisions affectant la destination de l'immeuble (article 26 alinéa 3) ou modifiant la répartition des charges entre catégories de copropriétaires. Voir les règles de majorité et résolutions en copropriété pour le détail applicatif et les exemples concrets.
Sociétés commerciales — majorités L225-96 et L225-98 du Code de commerce
Le droit des sociétés français distingue strictement deux types d'assemblées générales aux exigences de majorité différentes. L'assemblée générale ordinaire (AGO) prend les décisions qui ne modifient pas les statuts : approbation des comptes annuels, affectation du résultat, distribution des dividendes, nomination ou renouvellement des administrateurs, nomination des commissaires aux comptes. Elle statue à la majorité absolue des voix exprimées par les actionnaires présents ou représentés (article L225-98 du Code de commerce), sous réserve d'un quorum de 20 % des actions ayant droit de vote sur première convocation, supprimé sur seconde convocation. L'assemblée générale extraordinaire (AGE) prend les décisions modifiant les statuts : changement d'objet social, augmentation ou réduction de capital, fusion, scission, dissolution, transformation de la société. Elle statue à la majorité qualifiée des deux tiers des voix exprimées (article L225-96 du Code de commerce), avec un quorum de 25 % des actions sur première convocation et 20 % sur seconde. Pour la SAS (société par actions simplifiée), les statuts fixent librement les majorités applicables, sous réserve de certaines décisions pour lesquelles la loi impose l'unanimité (article L227-19 du Code de commerce — adoption ou modification de clauses d'agrément, d'inaliénabilité ou d'exclusion). Pour la SARL, les décisions ordinaires se prennent à la majorité absolue des parts sociales sur première consultation, à la majorité simple sur seconde, et les modifications statutaires à la majorité qualifiée des trois quarts des parts (article L223-30 du Code de commerce).
Conseil de l'Union européenne — la majorité qualifiée pondérée
Le Conseil de l'Union européenne — réunion des ministres des États membres — statue selon trois modes principaux : majorité simple (procédures internes secondaires), majorité qualifiée (la plus fréquente), unanimité (matières sensibles comme la fiscalité ou la politique étrangère). La majorité qualifiée du Conseil obéit depuis 2014 à un système de double majorité fixé par l'article 16 du Traité sur l'Union européenne, issu du Traité de Lisbonne. Une décision est adoptée à la majorité qualifiée lorsque deux conditions cumulatives sont remplies : au moins 55 % des États membres votent favorablement (soit 15 États sur 27 actuellement), et ces États représentent au moins 65 % de la population de l'Union. Une minorité de blocage peut être constituée par au moins quatre États représentant 35 % de la population. Ce mécanisme remplace l'ancien système de pondération des voix qui attribuait à chaque État un nombre de voix fixé par les traités, jugé peu lisible et insuffisamment représentatif de la population. La majorité qualifiée pondérée européenne est l'un des exemples les plus sophistiqués de double majorité en droit public moderne.
Abstention, bulletin blanc, bulletin nul — quel impact sur la base de calcul
Le traitement de l'abstention et des bulletins blancs ou nuls dans le calcul des majorités est l'une des sources principales de contentieux. La règle générale en droit français est que la majorité se calcule sur les suffrages exprimés — c'est-à-dire les bulletins valides, à l'exclusion des bulletins blancs, des bulletins nuls et des abstentions. Pour les élections politiques, les bulletins blancs sont comptabilisés séparément depuis la loi du 21 février 2014 mais n'entrent pas dans les suffrages exprimés. Pour les élections du CSE, la délibération CNIL n° 2019-053 et la jurisprudence convergente précisent que bulletin blanc et bulletin nul comptent tous deux dans le quorum d'expression de la consultation, mais qu'aucun ne compte dans les suffrages exprimés servant au calcul de la répartition des sièges. Pour les AG de société, les bulletins blancs et nuls sont exclus des voix exprimées sur lesquelles se calcule la majorité absolue ou qualifiée. Pour les AG de copropriété, la singularité de l'article 25 tient à ce que la base de calcul est constituée des voix de tous les copropriétaires — présents, représentés ou absents — ce qui assimile l'abstention et l'absence à un vote défavorable. L'article 25-1 corrige partiellement cette rigidité en autorisant la bascule vers l'article 24 dès qu'un tiers des voix favorables est atteint. Pour les AG d'association, les statuts fixent généralement le traitement de l'abstention, qui peut être assimilée à un vote défavorable ou exclue du décompte selon les choix statutaires.
Le cas particulier de l'unanimité
L'unanimité est le seuil le plus exigeant : elle requiert l'accord de l'intégralité des votants, sans exception. Une seule voix défavorable, ou même une abstention selon les contextes, suffit à bloquer la décision. L'unanimité est réservée aux décisions les plus lourdes, qui touchent à des intérêts essentiels des participants. En droit des sociétés, l'article 1836 du Code civil dispose que les statuts ne peuvent être modifiés pour augmenter les engagements des associés qu'avec l'accord unanime de tous les associés. En copropriété, l'unanimité est exigée pour les décisions affectant la destination de l'immeuble — transformer un immeuble d'habitation en immeuble commercial, par exemple — ou modifiant la répartition des charges entre catégories de copropriétaires. Dans la SAS, l'article L227-19 du Code de commerce impose l'unanimité pour l'adoption ou la modification de certaines clauses statutaires (agrément, inaliénabilité, exclusion). L'unanimité présente l'avantage d'une protection maximale des minoritaires mais l'inconvénient d'un blocage potentiel — toute décision peut être empêchée par une seule voix. C'est pourquoi son usage est strictement encadré par la loi.
L'application Sephos — automatisation des calculs et traçabilité
Sephos pré-câble les principaux régimes de majorité du droit français : article 24, 25, 25-1, 26 de la loi du 10 juillet 1965 ; articles L225-96 et L225-98 du Code de commerce ; majorité absolue de l'article 7 de la Constitution ; majorité qualifiée des deux tiers, des trois cinquièmes, des trois quarts ; unanimité ; régimes statutaires personnalisés pour les associations et fédérations. Pour chaque résolution paramétrée au scrutin, l'organisateur sélectionne le régime applicable et la plateforme applique automatiquement la base de calcul, le seuil exigé et, le cas échéant, la passerelle de l'article 25-1. Le procès-verbal généré à la clôture détaille chaque étape : texte applicable, base de calcul retenue, décompte par option, application du seuil, conclusion sur l'atteinte ou non du seuil. La ré-exécution du calcul est possible à tout moment sur les bulletins chiffrés archivés, sans rompre l'anonymat des votants. Demandez une démonstration commentée pour voir le moteur de majorité en action sur les régimes qui vous concernent.
Pour aller plus loin sur les majorités et le vote
Toutes les ressourcesVos questions les plus fréquentes sur les seuils de majorité.
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Une démonstration commentée prend trente minutes et couvre le paramétrage du régime de majorité, l'application automatique du seuil, la passerelle de l'article 25-1, la génération du procès-verbal détaillé et l'archivage dix ans — sur vos propres données de test.